J’ai tourné dans un téléfilm sur la grossophobie.

Récemment, j’ai été silhouette dans un téléfilm qui traite de la Grossophobie. Pour les personnes non familières avec les nuances de statuts, ça veut dire que je n’étais pas totalement cachée dans le fond, fondue dans la masse, sans pour autant avoir un “vrai” rôle.

Ça veut dire que je fais une action précise, que je suis dans le script, qu’on va me voir, mais que je ne parle pas.

Pour les personnes qui ne connaîtrait pas le concept grossophobie : il s’agit d’un nouveau mot désignant l’ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses.

J’ai accepté ce projet avec beaucoup d’émotion car la grossophobie est vraiment un de mes chevaux de bataille. On m’a expliqué de quoi il retournait et j’ai été extrêmement fière de faire partie de ce projet et emballée par l’aspect positif qui m’était présenté.

Arrivée sur les répétitions, puis sur le tournage, beaucoup d’éléments grossophobes m’ont perturbé. Je n’ai pas vraiment le droit d’en dire plus actuellement, j’ai signé une clause de confidentialité. Ce qui est dicible néanmoins, c’est que, sous couvert de bonnes attentions et de bienveillance, je me suis retrouvée plongée dans un univers bourré de clichés grossophobes qui m’ont affreusement retournés. Je suis, dans ma vie privée et pro, coupée de cette grossophobie ordinaire, je ne me souvenais plus.

Très mauvaise surprise. Surtout ici. Surtout sur CE projet.

J’ai enchaîné sur d’autres jobs beaucoup plus détendus, et j’ai zappé, mais quand je me suis enfin posée et reposée, la violence m’est revenue.  J’ai eu envie de partager cette violence, on ne garde pas silencieusement pour soi ces violences-là. D’autant qu’en parallèle, mon #bestnine2018  instagram est un panel de photo de moi nue sans retouches, ce qui me ramène vite à ce côté “Grosse Publique”. Modèle Plus Size pour des beaux projets, inspiration pour des personnes mal à l’aise dans leur corps. Rôle que je ne voyais pas, mais que je jouais sans le savoir, simplement en existant ?

Je ne savais pas trop par quel angle prendre ce sujet traité mille fois par d’autres mieux que moi, mais je sentais tout de même qu’il y avait quelque chose à faire, à dire, maintenant. Pendant cette difficile période des fêtes.

 

Je suis sortie de ma zone de confort, et j’ai proposé un live Instagram.

Le thème : la grossophobie. Point. J’avais des idées d’axes à traiter, mais je ne savais pas ce que j’en ferai, comment les aborder. Si j’arriverais à rester concentrée. Je ne vous cache pas qu’en réalité, je n’en ai presque pas dormi les deux nuits précédentes, je me suis mis la pression toute seule. Persuadée que j’allais être mauvaise au jeu du live, et décevoir. Finalement, il a duré 1h30, les échanges ont été constructifs. J’ai reçu des dizaines de messages positifs face à ces témoignages, le mien principalement, et ceux des personnes qui y ont répondu.

Certaines personnes ont découvert des choses, comme la fétichisation exotique des femmes grosses. Une fois que j’ai été à l’aise dans ma peau, contre toute attente cela n’a pas eu pour effet de “faciliter” ma vie sexuelle mais au contraire cela m’ a isolé.  En effet je n’attirais plus que des fétichistes de la grosseur, je me sentais de plus en plus déshumanisée, ce qui est pour ma part loin d’être excitant. D’autres ont pu peut-être pour la première fois dire leur poids. J’y tenais tout spécialement alors j’ai commencé ce live en donnant mon poids, 125 kilos. Et en expliquant comment j’avais grossi, et ce que ça avait induit dans ma vie familiale. Ce chiffre tabou, précis parfois aux grammes près…. Il est sorti pour plusieurs personnes. Et j’espère que ça leur aura fait un bien fou.

J’espère aussi que mon message premier est passé, bien qu’il y ait de nombreuses violences, bien que ce soit difficile, on peut s’aimer. Je ne suis pas née grosse, j’étais une enfant très très fine. J’ai grossi une fois adolescente et j’ai été raillée, rejetée familialement, je suis devenue “un truc” que ma mère ne reconnaissait pas. Ce sont ses mots. “Un truc”. Pas même quelqu’un. Plus même quelqu’un.

“Un truc”

J’ai appris à m’aimer par différents biais, grâce à différentes rencontres. J’ai appris à faire la paix avec mon corps. Petit à petit, centimètre carré par centimètre carré. Ça a mis des années, maintenant je m’aime, du plus petit pli à la plus grosse cicatrice, et inversement. Chaque bout de moi est beau, doux, moelleux. Il raconte une histoire, la mienne. Et personne n’a le droit de dénigrer mon histoire. Courage à celui ou celle qui s’y essayera.

Je suis BELLE.

Je suis GROSSE ET BELLE.

ET, pas “mais”. Je suis les deux, et j’emmerde au passage, toute personne qui ne croit pas en mon self love.

Je suis comme tout le monde, des jours avec et des jours sans, mais je ne feins pas de m’aimer, de “m’assumer”. Je ne “m’assume” pas, dieu que cette expression est condescendante, je vis juste.

J’existe. Je bouge, je mange, je baise, je ris, je pleure, j’aime.

Ce matin sur Instagram, suite au visionnage d’une publicité pour un magasin bio grossophobe ayant pour ligne éditoriale que les gros sont malheureux et mangent mal… Le tout saupoudré d’acteurs dans des costumes d’obèses…. J’ai ouvert la boîte de pandore : j’ai demandé aux personnes qui me suivent sur insta de me raconter leurs anecdotes les plus marquantes de grossophobie.

Je ne m’attendais pas à autant de témoignages, et à cette violence. J’ai découvert des choses que des ami.e.s proches ne m’ont jamais dit. J’ai eu envie de pleurer devant cette haine de la différence. Ces jugements à l’emporte-pièce…

Mais on joue le jeu, et on partage, il faut dire, il faut lire, il faut ouvrir les yeux sur ces phrases “anodines” ou “humoristiques” qui restent des années dans la tête d’une personne et l’empêchent de vivre, d’aller se baigner, de manger en public ou de baiser.

Extraits

“On m’a poussé dans les escaliers en me disant que j’avais “du gras” pour amortir au collège.”

“Au collège lorsque je passais au tableau, certains élèves chantaient le générique d’interville.”

“Quand ta meuf te présente à sa famille : “ah oui tu aimes bien les gros calibres.”

“3 gars qui discutent. “Les grosses ça baisent bien mais le matin je me dépêche de partir.”

“Après dépression/perte de poids de 8ks, ma grand mère : “Ah tu as le visage plus fin tu es enfin jolie.”

“Regardez-le avec son gros ventre ! (L’instit de CM1 aux autres élèves qui rient…)”

“Un mec m’a mis un doigt en boite sous ma jupe “ Maité ça doit faire longtemps qu’on t’a pas touché…”

“Ma mère : tu ne rencontreras jamais l’amour.”

“Deux mecs dans le tram qui disent : Ah la grosse c’est sur elle suce pour un Quick.”

“À un entretien d’embauche le mec me regarde de haut en bas : Vous savez qu’il faut bouger dans ce poste.”

“En vestiaire de sport au collège, les filles m’avaient jetés leurs protections hygiéniques usagées dessus.”

“TOI et ton gros corps me dit il apres avoir jouit en moi.”

“On m’a arreté sur le parking d’un restaurant pour me signaler que j’étais déjà assez grosse comme ça.”

“La vendeuse qui me demande de sortir de la boutique car je donne une mauvaise image de la marque.”

 

 

J’ai décidé de repartager ces témoignages avec des photos de bouts de mon corps. Sans filtre. Vergetures, cellulite et bourrelets apparents. J’ai enregistré tous ces témoignages en story permanentes sur mon instagram, ils sont consultables à tout moment.

Je vous trouve belles, et beaux. Je vous remercie de vous être livré.e.s . Je vous félicite pour ce courage, et j’espère que d’avoir pu sortir ces mots-là vous a fait du bien. Merci aussi aux personnes non concerné.e.s qui m’ont écrit, choqué.e.s par les choses qu’ielles avaient lu, me promettant de mieux faire aussi au quotidien pour ne plus oppresser les gros.ses, et toute personne “différente” de la “norme”.

Prenez soin de vous, protégez vous de ces gens toxiques, apprenez à vous aimer petit à petit, apprivoiser votre corps, vous n’en avez qu’un. Faites de cette carcasse votre alliée. Vous allez passer un moment ensemble que vous le vouliez ou non, autant que le voyage soit agréable.

Ne laissez personne invalider votre corps et votre histoire. Entourez-vous de personnes qui vous voient vous.

Et rendez-vous bientôt pour d’autres lives ?



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