La Pride Disney ? Merci mais Non Merci.

Il était une fois, Disneyland Paris qui annonce une soirée Pride en juin 2019, avec une parade pour célébrer la communauté LGBTQI+. 
Si certains fans sont ravi.e.s, ce n’est pas notre cas chez Cave Venefica. Le geste peut paraître honorable de prime abord. Oui, il est bien connu qu’une partie des fans de Disney fait partie de la communauté LGBTQI+, ainsi que beaucoup d’employés de la firme, mais non, nous ne sommes pas pour autant convaincus par cet événement.

Ce qui nous gêne vraiment dans cet événement est qu’il s’agit d’un énième cas de pinkwashing. Le pinkwashing consiste à s’approprier le combat pour l’égalité de la communauté LGBTQI+ afin d’en tirer profit. Oui, on parle tristement d’argent. Pour vulgariser, c’est un peu comme si Booba se mettait à vendre un t-shirt « Pride » parce qu’il a embauché une lesbienne pour réaliser un de ses clips et parce qu’il a des fans gays. Ça ne fonctionne pas comme ça. Pour créer un événement de ce type, il est de bon aloi de s’engager dans cette lutte avant. 

Pour Disney, une des options pourrait être de commencer par introduire des personnages LGBTQI+ dans ses grosses productions. Vous pouvez regarder tous les films Disney, il n’y a aucun personnage important, ouvertement LGBTQI+ avec une relation, et , qui finirait heureux. La représentation de cette communauté qu’ils veulent “célébrer” n’existe donc pas actuellement. Les représentations sont pourtant cruciales pour les enfants et adolescents qui se posent des questions sur leur identité et leur sexualité. Pour nous, Disney n’a donc pas encore la légitimité à proposer ce genre de célébration.

Il est vrai que certains personnages ont été inspirés par des personnes LGBTQI+ , comme Ursula dans la Petite Sirène qui reprend les traits de l’actrice, activiste et dragqueen Divine. Les personnages du Capitaine Crochet dans Peter Pan ou Hadès dans Hercule peuvent « passer pour des gays » puisqu’ils sont féminisés, mais rien n’indique qu’ils le sont réellement. C’est ce qui peut poser problème dans la représentation puisque si les adultes peuvent déceler ces “nuances”, ça peut être bien plus difficile pour les enfants et jeunes adultes. On peut ajouter le fait que ces personnages sont toujours les vilains et ne connaissent pas de fin heureuse. On rappelle, car c’est important, que le taux de suicide est plus élevés chez les jeunes LGBTQI+. Alors si on ne leur propose que des personnages peu identifiables et de surcroît sans happy ending, non merci.

Après une discussion sur Twitter, une personne nous dit que Mérida de Rebelle est ace, c’est-à-dire asexuelle – qui ne ressent pas d’attirance sexuelle envers ses partenaires -. Le fait qu’elle ne veuille pas se marier serait un signe ? Les personnes asexuelles peuvent se marier et surtout avoir des relations sentimentales épanouissantes. Ce raccourci nous paraît donc saugrenu et stigmatisant. De plus, les films Disney ne mettant jamais en avant l’aspect “charnel” de leurs personnages, il nous est donc proprement impossible de savoir si ce personnage est ACE. Encore une fois, rien n’est explicite, elle peut très bien juste vouloir profiter de sa jeunesse et préférer tirer à l’arc plutôt que de “jouer à la princesse”. 

Les pseudos “représentations” proposées à l’heure actuelle ne parlent qu’à celleux qui ont envie d’accorder du crédit “bienveillant” à Disney, ou de se reconnaître là il n’y a pas grand chose de clair.

Revenons surtout sur l’importance de la Pride. Même si celle-ci est aujourd’hui en grande partie festive, elle n’en reste pas moins militante pour l’égalité des droits. L’origine de ce qu’on appelle aujourd’hui la Marche des Fiertés remonte à la fin des années 60 où un groupe de personnes transgenres, lesbiennes, bisexuelles et gays se sont rebellées contre les forces de l’ordre alors qu’ils organisaient une énième descente dans un bar gay, le Stonewall Inn. S’en suivent des émeutes qui sont considérées comme le lancement de la défense des droits LGBTQI+. 

On peut se pencher sur la grande Marsha P. Johson, qui est une des figures de ces émeutes. Travailleuse du sexe, transgenre, artiste et activiste, elle fait partie des représentant.e.s du mouvement pour les droits LGBTQI+ mais aussi pour les droits des personnes séropositives. Un exemple à suivre et à commémorer afin de ne pas oublier que les droits que nous avons aujourd’hui viennent de ces personnes militantes.

De nos jours, les agressions LGBTphobes existent toujours, les jeunes se retrouvent toujours à la rue, le harcèlement connaît encore des jours heureux. La communauté est toujours invisibilisée dans la société, comme chez Disney. Lorsque des personnages LGBTQI+ sont créés, surtout dans les séries et films mainstream, on peut entendre que nous sommes partout, que nous sommes un lobby puissant et qu’il y a cet ajout juste pour nous satisfaire. “People are gay, Steven.

Nous existons et nous méritons d’avoir des personnages qui nous ressemblent. La Pride est là pour dénoncer tous ces traitements de défaveur et montrer que la communauté est de plus en plus importante, que des alliés nous aident et que nous nous assumons tels que nous sommes. C’est le message primordial pour nous.

Alors Disney, c’est cool pour l’idée, mais ne met pas la charrue avant les boeufs : fais tes preuves en créant de vrais personnages LGBTQI+ et ensuite, on sera ravi de voir une Pride parade.
Enfin, en vidéo hein, parce que 89€ la Pride, je préfère marcher dans Paris avec toute la communauté.



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