T’Essure ?

 

Je fais partie de ces personnes stérilisées grâce à la méthode Essure, une méthode de contraception définitive, rapide, en ambulatoire, par voie naturelle proposée par Bayer et validée en France de 2002 à 2017
Je suis passée au bloc il y a de ça 4 ans, en 2015, juste avant que les premiers “scandales” Essure fassent beaucoup de bruit sur l’hexagone.

Tout s’est bien passé pour moi lors de la pose, mais j’ai rapidement commencé à recevoir des messages alarmistes de personnes de l’association “Resist” sur twitter. Une association de victimes d’Essure, principalement basées aux Etats Unis à ce moment là. Lorsque je demandais plus d’informations concrètes sur en quoi Essure avait ruiné leur vie, plus rien, plus un mot. Je n’ai pas réussi à avoir de compte-rendu médical, simplement des messages alarmistes :

“Attention Essure a ruiné ma vie !!!”.

 

J’ai parlé à la gynécologue spécialisée qui m’a opérée ce qu’elle en pensait. Pour elle, il n’y avait pas de cas. Je n’avais pas à m’inquiéter. Au bout de trois mois, ma stérilisation était validée (tous les détails des démarches sont ici). Les implants sont bien placés, tout était bon de mon côté.

 

Cependant, j’ai commencé à angoisser car je me suis mise à souffrir pour la première fois de ma vie de ménométrorragies (Saignements de l’utérus qui n’est pas causé par une tumeur, une infection ou une grossesse. Association des saignements au moment des règles et en-dehors de celles-ci (c’est-à-dire l’association de la ménorragie et la métrorragie). Sources : Wikipédia).

Après de nombreux mois de stress et d’errance médicale, on me met à nouveau sous pilule microdosée et les soucis de ménométrorragies s’arrêtent. Mon corps se repose, mon cerveau aussi. Je débrief de tous ces tourments dans mon article Game-Ovaires sur www.Cyclique.fr ! Si jamais Essure était la cause de ces ménométrorragies, comment est ce que la pilule contraceptive seule pourrait contrer tous les soucis que ces implants devraient m’apporter ? Il semble peu plausible que dans mon cas les soucis hormonaux aient un lien avec Essure.

 

J’ai presque commencé à vivre ma vie tranquillement quand une deuxième vague d’articles et témoignages extrêmement alarmistes sont sortis sur Essure et ses effets néfastes…. Comment rester calme lorsqu’on nous envoie régulièrement des articles où on a la sensation que nos jours sont comptés ?

Exemple celui de Madame Groléas : “Les implants contraceptifs Essure :  on m’a mutilée pour le reste de ma vie !”
Tristement cet article m’arrive sous le nez, une fois, puis deux, curiosité oblige, je l’ouvre, je le lis…

 

Alors qu’on s’entende bien, je ne nie à aucun moment que les implants peuvent avoir été la cause de soucis pour des personnes stérilisées par ce moyen. Ce qui me gêne, c’est ce côté tranchant et définitif des journalistes que je ne trouve nul part lorsque sont abordés les soucis que les femmes peuvent rencontrer avec leurs moyens de contraception ou même leurs grossesses.

 

Ce qui me pose par contre vraiment problème dans ce genre d’article, c’est avant tout l’aspect “féminin sacré” et maternel qui ressort. Oui, je suis une nokid acharnée, antinataliste, non ma chatte n’est pas un sanctuaire, et non mes règles ne sont pas sacrées. Alors quand je lis que Madame Groléas suite à son retrait d’implants auxquels elle était allergique (à la faible quantité de nickel contenue dans les implants) écrit :

 

“On m’a « explantée », c’est tellement plus joli que dire on m’a « amputée de ce qui a fait de moi une femme, une mère, on m’a mutilée pour le reste de ma vie ».”

 

Forcément mon cerveau bug. La féminité, c’est résumable à un utérus ? Des Trompes de Fallope ? La maternité des ovaires ? Mais qu’est-ce que cela veut-il dire ?

Pour moi, rien du tout. C’est même plutôt effrayant de lire que la féminité se placerait dans des ovaires et la maternité dans un utérus.
Je suis désolée pour cette femme qui a subit une opération désagréable qui aurait pu lui être évitée si son médecin avait effectué ses tests d’allergie avant de l’implanter, mais de là à réduire la maternité à un utérus… Pour moi ça ne fait pas sens, et, de ce fait, tout le contenu de l’article m’agace, ramassis de bons sentiments maternels essentiels à l’épanouissement d’une femme …

“Quatre enfants, c’est une chance énorme et aussi un parcours difficile. Après ma quatrième grossesse, le gynécologue qui me suivait m’a alertée : je ne devais plus avoir d’enfant car je mettrais ma santé en danger. “

Et oui, les grossesses aussi sont dangereuses, mais on ne voit pas d’articles alarmistes à propos de ça dans tous les médias depuis quatre ans….

 

Ça a commencé à me questionner, et j’ai vu lors de mes recherches (articles ou discussion de personnes porteuses d’Essure) que la quasi-totalité des personnes victimes d’Essure étaient des femmes plutôt quarantenaires, ayant déjà eut des enfants et ayant été stérilisées sous avis médical car une énième grossesse eût été dangereuse.

 

Il semble y avoir eu une injonction pour ces femmes à la stérilisation par un corps médical mal formé, qui ne fait pas bien tous les tests d’allergie, ce qui, non de dieu, devrait être LA BASE ! Je n’ai pas encore lu de témoignage de nullipares stérilisé.e.s après avoir bataillée et qui a eu ces symptômes, en tout cas, s’il y en a, ce ne sont pas à elles que l’on donne la parole dans les médias actuellement.

 

Alors elles peuvent être en colère, et je le serais aussi à leur place, mais pourquoi cette haine sur les implants eux même ? C’est là où mon cerveau coince un peu.

Le scandale Essure ne devrait-il pas plutôt être un énième scandal sur les maltraitances que les femmes subissent de la part du corps médical ?

 

En effet, dans ces témoignages, le soignant semble être mal informé des risques encourus avec Essure, et/ou ne prends pas le temps de faire des tests de compatibilité avec les composants.

En quoi donc est ce si différent de toutes ces femmes qui ont des soucis lourds avec la pilule, le stérilet ? Ces femmes qui meurent en couche ? Celles à qui on pratique une épisiotomie sans raison ?

 

Une enquête médicale a été réalisée en 2017 (voici un article complet et rassurant à lire absolument), mais personne n’en parle dans les articles alarmistes qui circulent à nouveau depuis quelques semaines. Pourquoi ?

 

Est ce que c’est car au fond Essure était tellement “facile” et définitif ? En vrai, ça gêne les gens bien-pensants, cet accès rapide et peu coûteux vers une contraception définitive…

Il suffit de lire quelques lignes sur la pilule contraceptive de l’article wikipédia pour se dire que ça n’est pas Essure, en pourcentage de mise en danger, qui est l’unique et le pire cauchemar des femmes :

 

“Les contraceptifs oraux combinés augmentent légèrement le risque de cancer du sein (mais dix ans après la fin de l’utilisation, l’incidence redevient conforme à la moyenne), mais aussi du col utérin et du foie, avec une incidence qui augmente avec la durée de la prise des contraceptifs.”

 

“Selon l’Avep, association des victimes d’embolies pulmonaires et AVC, la pilule fait 1000 morts par an par embolie”


1000 Morts par an par embolie ! Avec la Pilule contraceptive orale !
Est ce que les pilules sont décriées avec cette même force qu’Essure dans tous les médias ?

Ici sur France Inter, belote et rebelote ! Une femme quadra ayant déjà eu des enfants a eu des soucis après sa pose d’Essure. Tous les liens de l’article sont des boucles vers d’autres liens qui disent les mêmes choses, presque mot pour mot, je ne vois jamais apparaître de témoignages contraires, ni d’avis de médecins se voulant rassurants pour les femmes porteuses d’Essure n’ayant aucun symptôme, c’est toujours la même rengaine :

En 2017, une jeune maman est morte en France des suites d’une hystérectomie qui avait pour but de retirer son implant stérilisateur. Cet implant qui devait révolutionner la vie de certaines femmes.”

 

“Une jeune maman”…. l’article commençait déjà par “Essure, sur le papier, c’était une idée géniale pour les femmes, souvent déjà mères” pour moi le ton est donné. Voulu ou non, conscient ou non, il est clair que la stérilisation gêne plus que les soucis médicaux des rares cas où cela a entrainé des complications. Sommes-nous supposé·e·s être plus compatissant.e.s car il s’agit de “mères” et non pas de “femmes” ?

N’oublions pas que bien souvent les personnes stérilisées par Implants Essure arrêtent leur pilule pour la première fois depuis des années, les douleurs des règles étaient peut-être déjà là mais tuent avec les hormones pour certain.e.s. Quant aux autres symptômes allant de la fatigue à la perte de cheveux en passant par la dépression, ils me semblent ma foi relativement flous, le lien de causalité n’est pas prouvé par le corps médical. Je garde l’esprit critique et les rejoins assez facilement sur le manque de preuves évidentes, surtout après une étude faites sur 100 000 personnes stérilisées.

Quelques informations rassurantes et concrètes ici.

 

J’ai lu sur internet que certaines patientes avaient des problèmes après la pose des dispositifs Essure. Que faut-il en penser ?

Certaines patientes se plaignent de douleurs ou de saignements :

 

  • Si vous avez pris longtemps la pilule et que vous l’arrêtez, les ovaires qui n’étaient pas actifs se remettent en route et cette activité ovarienne peut être ressentie. La pilule (ou un stérilet hormonal) pouvait masquer les symptômes d’un utérus (qui avait déjà tendance à saigner). C’est l’arrêt de la prise hormonale qui est en cause dans ce cas, pas les Essure.
  • Ne pas oublier qu’à l’âge (35 – 45 ans) où on pose les Essure, beaucoup de femmes commencent à avoir des problèmes de saignements… ou des douleurs.
  • Cependant, une pose imparfaite (avec perforation) est toujours possible et peut être responsable de douleurs après la pose. Cette complication doit être recherchée. C’est un échec de stérilisation et une grossesse est possible.
  • Mais même avec une pose parfaite, un très petit nombre de patientes (2%) peut développer des douleurs et des petits saignements.

 

Certaines patientes affirment avoir des problèmes dans les mois ou années qui suivent la pose des dispositifs : maux de tête, perte d’appétit, fatigabilité, douleurs musculaires, douleurs articulaires… Elles attribuent ces problèmes à la composition des dispositifs Essure : il n’y a pas, pour le moment (octobre 2017) de preuve scientifique prouvant un lien entre ces symptômes et les Essure. “

 

Encore une fois, sans nier les vécus de ces personnes ayant dû retirer leurs implants car mal posés (corps médical mal formé) ou posés contre indication (allergie non vérifiée au nickel) je trouve que le ton des articles à l’encontre d’Essure est réellement trop grave et effrayant pour être honnête.

Une femme est morte en 2017 des suites d’une hystérectomie à cause d’une allergie à Essure. C’est terrible. Mais c’est encore Essure que l’on blâme ? Pourquoi pas le corps médical ayant mal posé le dispositif ou le soignant l’ayant visiblement assez mal retiré ?
Est- elle “morte d’Essure” ? (Si cela est seulement possible une seule seconde) Ou de complications ? Des suites de soucis d’anesthésie générale ? Pourquoi ces non-informations brutes, incomplètes et effrayantes uniquement sur ce sujet et ce dispositif de stérilisation définitive ?
Pourquoi toujours rapporter tout cela à la maternité et la féminité ?

Pourquoi ces mêmes journalistes outré.e.s ne parlent-iels pas de ces femmes mortes en couche avec autant d’intention de terroriser les futures mères ? Les chiffres ne sont pas clairs, il n’y a aucune mise en perspective.

Je rappelle qu’en France, aujourd’hui encore, 85 femmes meurent chaque année en accouchant, pour 811 510 accouchements.

 

Mais là, les articles se veulent optimistes “ce taux a été divisé par deux cette dernière décennie” alors qu’une seule est morte des suites d’une opération effectuée à cause d’une mauvaise pose d’Essure.
Ah ben alors, continuons à enfanter, mais surtout évitons de nous faire stériliser hein. Deux poids. Deux mesures.

Est ce que les journalistes peuvent mettre de côté leur natalisme profond et essayer de donner des chiffres concrets, ne pas oublier toutes les personnes qui vont bien plutôt que de terroriser celles ayant l’envie de se faire stériliser par un biais ou un autre ?

Qu’on le reconnaisse de bonne foi ou non, la stérilisation (féminine et masculine) est toujours taboue en France en 2019 bien que légale depuis 2001, et la floraison de tous ces articles sur les soucis liés à Essure me semble en être un très bon exemple.

Faire de l’objet stérilisant le démon à combattre plutôt que de voir toutes les violences faites aux femmes par le corps médical m’agresse tout particulièrement, dans ce cas en particulier.

On blâme les implants et non pas les médecins qui les posent mal et n’importe comment. On effraye les personnes porteuses qui n’ont aucun problème. On terrorise celles qui auraient pour souhaiter se faire stériliser.

 

On ne reproche pas à la pilule de tuer les femmes, mais aux femmes de mal vivre lorsqu’elles sont sous pilule (elles seront responsables des soucis qui peuvent arriver, surtout si elles fument.) Les chiffres de femmes souffrants d’effets secondaires légers à graves à cause de cette dernière sont éloquents et pourtant toutes les pilules d’Europe ne sont pas retirées du marché pour autant (et heureusement hein !).

 

Pourquoi ce pourcentage infime de femmes malchanceuses, car mal opérées ou allergiques a permis aussi vite le retrait d’une méthode facile, rapide, efficace au détriment de toutes celles qui vivent très bien avec ces implants ?

 

Vous pouvez me traiter de paranoïaque, mais moi “j’essure” que cela relève plus du tabou de la stérilisation que des tristes soucis que ces rares femmes ont pu endurer.



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