#TRANSNEXTDOOR

2017 : la semaine dernière c’était la journée-transgenre-de-la-visibilité ou de-la-visibilité-transgenre, ou peu importe : alors c’était soit une photo de mes vergetures en HD, soit une #tenuedujour avec ma belle robe vintage trouvée à Brighton et à ma taille, avec mes collants à motifs #gambettesbox et mes baskets neuves, ma nouvelle lubbie / j’ai finalement opté pour une vidéo où j’ai l’air gourde parce que c’est en voyant le courage d’autres filles-comme-moi via ce genre de posts que j’ai sauté le pas il y a plus de 8 ans déjà, à un moment où les meufs trans YouTubeuses se comptaient sur les doigts d’une seule main / je parle surtout pas de passing en général, d’un genre à l’autre ou dans la neutralité, il ne faut absolument pas s’en remettre à cette notion toxique quand on commence sa transition, même si tu comprends vite que ta sécurité elle tient à une frange mal lissée ou quelques centimètres de talons / oui, des ballerines peuvent sauver ta vie mais aussi te faire perdre la plupart de tes ami.e.s / je parle juste du courage et de la force des filles qui m’ont inspirées en affrontant comme moi le regard, les mots, les gifles des autres et forcément bien pire : j’y pense même tout le temps / un #ootd c’est la chose la plus futile du monde, oui c’est agaçant, mais peut être la plus importante ici : déjà parce que les gens sortent pas nus à ma connaissance donc à partir de là, autant que ça devienne une arme pour nous, les Chatounes / ma ré-appropriation des codes d’Insta-fashionistas, influenceuses à tasse de café brûlante au-dessus d’une mini et paire de boots que, meuf, tu enlèveras avant de sortir de toute façon / c’est la recherche d’un casual sexy qui sauvera les filles trans et aussi celles/ceux qui les aiment les déshabillent et les baisent tendrement-intensément mais avec une fierté AVOUÉE et PUBLIQUE / ce moment de grâce où tu viens de jouir avec quelqu’un.e et tu sors faire ces fameuses deux-trois courses et là tu t’en fous de la crédibilité de ta performance de genre, tu rayonnes.

 

2018 : « transgender day of visibility » soit la journée de la visibilité #transgenre, ok c’est à la mode / la visibilité trans avec des lieux et des soirées dédiées c’est génial hein, c’est un boulot monstre pour de belles orgas déjà, pour les vraies soirées par contre, pas celles qui capitalisent sur la souffrance des trans qui ne sortent pas / le combat quand tu fais ta transition il commence aussi avec la boulangerie le matin après une séance d’épilation laser, le regard des commerçants du quartier quand tu sors avec tes premières jupes, les refus et les insultes -au masculin- à la CAF ou à la banque, donner et inventer des détails de ta vie sexuelle à ton avocate pour ton dossier de CEC, et j’en passe 10.000 parce que j’en suis pas encore remise / alors mon inquiétude horrifiée sur la visibilité, c’est quand je vois des CISGENRES qui s’approprient de plus en plus les termes, les esthétiques, les combats liés à la transidentité / les même qui pensent que tu changes de papiers en 3 semaines, ne respectent pas tes pronoms quand ils sont de mauvaise humeur ou fatigués, ne savent pas ce que c’est que de reprendre en permanence les personnes qui te mis-genrent : parce qu’eux-même n’en changeront jamais de pronoms / c’est les mêmes qui pensent qu’une transition c’est super fun, définissent leur trouble dans le genre avec une nouvelle fringue, des cheveux verts et un rythme de sorties nocturnes avec une photo de profil sur FB so queer : ces personnes participent à la néantisation, l’invisibilité et l’objectification des personnes trans / mon traitement hormonal, les ruptures familiales et amicales, mon agoraphobie, mon espérance de vie, tout ça à un prix / c’est hors de question que je paye pour l’ennui de ces cis-genres en mal de paillettes / rappelez vous il y’a 10 ans quand tous les hétéros se disaient bi, en 2018, trans-is-the-new-bi / vous verrez quand les premiers tee-shirt #queer ou #genderisover apparaîtront à H&M, il y en a beaucoup qui vont dessoûler / ce que je veux, c’est mon invisibilité de femme visible pansexuelle, très girly, très lipstick, fière de l’être, avec son gode-ceinture bio-intégré, très pratique aussi / il y’en a qui peuvent se sentir visé-e-s, je ne vous adresse pas la parole de toute façon, celles-et-ceux à qui j’envoie des cœurs en permanence, vous le savez / ah, et il y’a un F sur ma carte d’identité, ça m’a pris plus de 5 ans pour l’avoir / je ne joue pas pour autant un « personnage sur scène » non plus, merci.

 

2019 : dimanche 31 mars, journée de la visibilité transgenre / comme l’année dernière et celle d’avant, je me menace : je mets une photo de moi toute nue pour qu’on en finisse / je me suis réveillée dans ma ville natale, Les Havres Gris, à quelques mètres de là où il y a 15 ans très exactement j’ai commencé à jouer avec mon premier groupe / je salue au passage la belle bande de bras cassés qu’on doit toujours être plus ou moins / le gars qui tenait les studios de répétition nous disait de faire gaffe aux seringues dans les poubelles, le groupe qui jouait avant nous buvait un mélange d’alcool médical à 70% et de grenadine / on avait pas les termes mais ils jouaient du black metal, quand ça faisait encore à peu près peur, on avait vu les photos du type de Mayhem sur Rotten ou Ogrish / maintenant il y a des affiches de prévention pour les soi-disant risques auditifs partout, et des tee-shirts Dark Throne à H&M dans 6 mois (oui, encore eux) / un doux réveil donc, après avoir fait un concert avec mon groupe actuel : les personnes très courageuses qui me supportent et m’empêchent de me tirer une balle dans le pied ou ailleurs depuis quelques années maintenant, alors que je m’étais jurée ne plus jamais faire un groupe de rock, le truc le plus ringard du monde / concert pour un festival à la programmation exclusivement féminine hein : tu parles de terminer un cycle / avec mon père dans la salle en plus, que j’ai pu remercier devant tout le monde / il y a 3 ans pour le TDOV j’étais à quelques petites semaines d’obtenir mes papiers en main, la fin administrative de ma transition et là, dimanche, c’était un autre aboutissement de type fin-début, même si je m’épuise à dire que je ne suis pas musicienne / c’est le -NE que je rajoute à la fin de ma pratique qui devient parcours-message déjà / la « visibilité trans » ne dit pas ou plus grand chose des filles trans elles-mêmes sinon de la perception du genre féminin et des femmes bioETtrans, qui est en train de muter avec une très belle violence / je ne suis ni visible, ni invisible, je suis une TRANS NEXT DOOR maintenant : je me suis promenée cette semaine avec mon pull côtelé sans soutif et mes seins tout gonflés par la progestérone en dessous, me suis dit aussi que j’avais sacrifié ma vingtaine à cette transition, ça m’a rendue triste / je me suis demandée aussi si on allait avoir des trans-MILFs un jour ? / alors là, j’ai 10 à 15 kilos d’anxiété et de hasards médicamenteux à perdre, je n’ai aucune intention de respecter mon IMC pour autant, par contre l’année prochaine je me paye une séance photo érotique ou nue ou fetish ou les trois, et ça sera un auto-cadeau pour faire de ma trentaine autre chose qu’un moment où je passe à coté de tout et tout le monde où que je sois, maintenant que je suis une POMME.

Nathanaëlle Eléonore



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